La sortie d'un livre de William Gibson est toujours un évènement, surtout lorsqu'il s'agit pour l'écrivain américain de décrire à nouveau le futur ; presque 30 ans après son roman fondateur Neuromancien.

En effet, l'auteur avait fait quelques infidélités à l'anticipation, notamment avec son roman Histoire Zéro. Et bien lui en a pris, ce fut son plus grand succès littéraire.

Mais revenons au présent justement, pour parler de ce que certains critiques qualifient d'apogée de l'œuvre de William Gibson, aujourd'hui âgé de 66 ans.

Avec sa couverture couleur acier, découpée des lettres qui forment le titre "The Peripheral", ce roman fait envie. Je l'ai donc commandé, je ne l'ai pas encore reçu mais j'ai pu lire des extraits et j'ai parcouru de nombreux commentaires qui fleurissent sur le web.

Voici les informations que j'ai pu relever.

Pour commencer, bien que l'on puisse traduire peripheral  par périphérique, au sens de l'extension informatique, il s'agit ici d'un avatar. Mais pas celui que vous imaginer, c'est plutôt un surrogate, c'est à dire un corps – synthétique – qui accueille une conscience. Et dans le roman, un peripheral permet à l'héroine, Flynne, de se projeter 70 ans dans le futur pour résoudre un crime.

Dans le futur du futur, puisqu'évidemment, on est à une époque où les deux protagonistes principaux travaillent dans un monde virtuel – quoique je l'ai déjà fait –, l'Amérique est en guerre et le frère de Flynne est un vétéran d'une unité spéciale, blessé par son implant haptique. 

L'haptique désigne la science du toucher, par analogie avec l'optique, mais ici, il y a fort à parier que cela implique la capacité de rendre tangible les objets virtuels ; cette unité a peut-être combattu dans le cyberspace ?

Détail amusant et progressiste, une présidente d'origine latine dirige les Etats-Unis, mais sa vie est en danger et la sécurité intérieure – homes pour homeland – est sur les dents. Comme si cela ne suffisait pas, la seule économie encore viable est celle d'une drogue.

Mais comment l'héroïne a-t-elle pu entendre parler d'un crime commis dans le futur ? Et bien, apparemment, une caste de personnes fortunées ont accès à la capacité de faire transiter des données numériques – et seulement des données – vers le passé.

Ils peuvent ainsi communiquer avec des comparses en provoquant des "délits d'initiés" pour modifier l'économie, impunément qui plus est, car le passé affecté se poursuit dans un continuum alternatif. Cela évite le paradoxe du grand-père qu'évoquent les scientifiques qui théorisent sur le voyage dans le temps. 

Je spécule en imaginant que des flux financiers repartent vers le futur sous forme de data. Et suivant cette logique, le mind uploading, cher à Ray Kurzweil, permet d'occuper des corps dans le futur. Des corps cybernétiques qui semblent monnaie courante puisqu'on les trouve en magasin.

Parmi les autres trouvailles du maître, – certains regrettent une overdose de concepts dans le roman — le continent plastique, qui s'est formé dans le Pacific Nord – depuis notre époque –, a été transformé en cité inhabitée par des nanobots qui avaient été envoyés pour le décomposer. L'œuvre d'un bug.

Le livre n'est pas encore traduit et la lecture ne va pas être aisée. D'après les commentaires, c'est l'utilisation d'un argot du futur qui permet de distinguer les différentes époques, et si vous ajoutez que le monde virtuel des héros ressemble à Londres et que le meurtre a eu lieu dans le vrai Londres, 70 ans après ; non, ça ne s'annonce pas facile. Mais c'est le passé qui est simple, n'est ce pas ?

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