Qu'est ce donc que le nombre de Dunbar ? Il s'agit du nombre limite de relations solides qu'un humain peut entretenir. Il s'applique aux groupes sociaux. Selon l'anthropologue Robin Dunbar de l'University College de Londres, lorsqu'un groupe atteint la limite de 150 personnes, il commence à devenir instable et à se fragmenter.

Intitulée La taille de néocortex comme contrainte sur la taille du groupe chez les primates – et qui, j'en ai peur, s'applique à nous, enfants de Jupiter –, cette étude publiée en 1992, pose clairement une frontière aux capacités sociales humaines. Or, dans une interview parue hier, Mark Zuckerberg dit que Facebook nous permet de dépasser cette limite. J'ai retrouvé une étude récente qui dément cette affirmation.

Dans cette interview menée par le site Venturebeat, Marc Zuckerberg était interrogé sur sa définition de la technologie. Dès l'introduction de sa réponse, il a fait référence à la limite fixée par Robin Dunbar, estimant que sa technologie — Facebook — permettait à ses utilisateurs de la dépasser. 

Une des choses que je pense que nous faisons chez Facebook est de faire en sorte que vous puissiez entretenir des relations avec beaucoup plus de gens.
— Mark Zuckerberg

En lisant cet article, je me suis souvenu d'une étude récente, qui, fort à propos, étudiait les groupes sociaux dans un environnement virtuel.

Cette recherche a été menée par le physicien Stefan Thurner de l'université médicale de Vienne, au sein de laquelle, il étudie toutes sortes de systèmes complexes. L'un de ses doctorants s'est trouvé être à l'origine de la création d'un jeu en ligne massivement multijoueurs, Pardus.

Thurner a décidé d'utiliser cet univers pour mettre les relations sociales en observation. A propos de son choix, Thurner explique : "Nous avons des informations sur tout. Nous savons qui est là et depuis quand, qui échange des choses ou de l'argent avec qui, qui est ami avec qui, qui hait quelqu'un d'autre, qui collabore avec qui dans des activités entrepreneuriales, qui est dans un gang criminel avec qui, etc. Même si la société est artificielle, cela reste une société humaine ".

Thurner était précisément intéressé de mettre à l'épreuve la théorie de Dunbar : "Cela s'avère être en corrélation avec les zones de base du cerveau, notamment les lobes frontaux et les lobes temporaux." En d'autres termes, nos cerveaux ne sont pas assez grands ou assez interconnectés pour maintenir un nombre infini de relations personnelles. 

Au terme de trois ans et demi d'observations, menées sur 7000 joueurs actifs, les résultats ont montré que la théorie de Dunbar s'applique également aux réseaux sociaux entretenus informatiquement. 

Alors que le jeu ne fixe pas de contraintes sur la taille des alliances, les joueurs se sont organisés en structures sociales correspondant à celles trouvées dans le monde réel. La plus grande alliance de Pardus n'était que de 136 membres, ce qui suggère que la limite de 150 connexions personnelles est une partie inhérente de notre psychologie sociale.

James Ivory, qui étudie les aspects sociaux et psychologiques des personnes en ligne à Virginia Polytechnic Institute et State University à Blacksburg renchérit sur l'étude de Thurner : "Les humains ont tendance à se comporter comme les humains, qu'ils soient dans un monde préhistorique, une entreprise, un groupe de tricot ou un jeu vidéo. Au lieu de regarder le comportement dans les jeux vidéo comme singulier, ce que vous avez essentiellement, c'est un endroit où vous pouvez étudier les gens."

Pour revenir à Mark Zuckerberg, ses propos relevaient, à mon sens, d'une approche transhumaniste de la technologie. Et il avait à cœur d'inscrire Facebook dans les grands desseins de l'homme augmenté. Certes, on ne peut pas nier que la technologie augmente notre capacité à voir plus loin, à soulever plus lourd, à calculer plus vite. Mais apparemment pas à avoir plus d'amis.

Illustration : Light and Time —  Tuyoshi Tane

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