Les italiens de Coelux ont développé un ciel artificiel qui délivre une lumière si naturelle qu'elle trompe le cerveau et les cellules des appareils photos. On imagine aisément les applications pour des lieux confinés ou souterrains, mais aussi pour la photographie en studio. Cette technologie est à rapprocher d'une tendance qui frappe les bureaux d'études et notamment, ceux des transports. Une prise de pouvoir de l'habitacle sur l'environnement extérieur.

Dans cette vidéo de présentation, les concepteurs de cette baie vitrée artificielle disent que leur invention pourrait permettre de construire des earthscrapers, en référence aux skyscrapers – gratte-ciel –, c'est à dire qu'une partie de la structure pourrait s'enfoncer profondément dans le sous-sol sans que les habitants ne souffrent d'un déficit de luminosité – Un manque d'exposition non discriminant ou une lumière naturelle devenue un luxe, l'avenir le dira.

Mais c'est dans le secteur du transport que l'on trouve le plus de concepts de fenêtres virtuelles, de la voiture à l'avion, en passant par le transport maritime. Le paquebot géant de la Royal Caribbean International, le Quantum of the Seas, propose déjà un balcon virtuel dans certaines suites ne donnant pas sur la mer.

Ainsi peut-on imaginer, qu'au-delà de la restitution d'une nature tronquée, que les transports pourraient proposer une réalité filtrée, pacifiée, à l'image de nos corps éthérés livrés à la translation. Libérés de l'observation anxiogène de l'état de la route, d'un climat menaçant ou de vagues suspectes, nous serions comme des objets glissants sur des coordonnées gps.

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Mais ce n'est pas foncièrement nouveau, on pense à ces marquises au nez pincé traversant les territoires de la plèbe dans des carrosses aux rideaux tirés ou au riche decorum de l'Orient-Express. Un voyage dans une unité de lieu, le déplacement d'une bulle sociale.

Après l'élimination progressive des nuisances sonores, du roulis, on devait bien un jour s'attaquer à la dernière zone d'interfaçage avec la réalité, la fenêtre.

Il suffit de constater la frayeur des passagers lors les tests de voitures autonomes pour envisager de hacker définitivement nos sens.

  Un concept de voiture autonome chez Mercedes et ses occupants en grande conversation.

Un concept de voiture autonome chez Mercedes et ses occupants en grande conversation.

Mais la gestion des sources de réalité n'est la seule raison de recourir aux écrans. En avionique, les britanniques du CPI – Centre for Process Innovation – ont développé un argumentaire qui pourrait voir l'apparition d'avions sans hublot d'ici une dizaine d'années. 

Pas de vitre, c'est un carénage plus fin pour une résistance équivalente et donc un avion moins lourd pour moins de consommation de carburant. Dans le même esprit, l'élimination des vitrages permet d'envisager la viabilité économique de vols supersoniques commerciaux.

  L'avion futuriste IXION des français de  Technicon   et sa baie vitrée virtuelle.

L'avion futuriste IXION des français de Technicon et sa baie vitrée virtuelle.

  Le projet de jet privé supersonique  S-512  – sortie prévue en 2018 –. Une baie-écran restitue en streaming des images de ciel.

Le projet de jet privé supersonique S-512 – sortie prévue en 2018 –. Une baie-écran restitue en streaming des images de ciel.

Immobilistes encapsulés ordonnant à la nuit comme au jour, rien ne viendra troubler notre voyage intérieur. Si ce n'est peut-être que la réalité virtuelle a ceci de commun avec les transports, elle peut provoquer la nausée.

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